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Publié par pierre-gilles tronconi

logo-fepb.jpgPar Patrice Hernu, Président du réseau France Bleue


La presse et quelques commentateurs scientifiques s'interrogent bruyamment sur les conséquences d'une augmentation prolongée de la température à la surface du globale. Quelles conséquences pour le monde agricole notamment qu'il s'agisse des plantes ou des naimaux ?

En général, ils s'alarment de la situation. Ne faudrait-il pas au contraire s'en réjouir ? Où est le problème ?

En effet, de tout temps plus de chaleur comme au temps de l'Eden ou de l'optimum médiéval et, en conséquence ou en raison de l'action de l'homme, plus de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, cela dope la photosynthèse. Voilà qui améliore sans équivoque les rendements de nos cultures au point que la société anglaise dans les années 1860 avait à peine retrouvé la productivité du travail de Sumer à la fin de la période paradisiaque (neo-paleolithique) car, cette dernière était jusqu'au plein essor de la révolution industrielle liée en grande partie à celle de la terre. D'ailleurs, elle le reste "fondamentalement" d'où la crise actuelle...

Jusqu'à quel point ce parallélisme tient-il ? Pourquoi tout ne paraît pas aussi simple actuellement ?

En est-il de même pour chaque région septentrionale ou méridionale ? Enfin, en retour, l'agriculture n'aurait-elle pas un impact sur le climat comme semblent le suggérer de plus en plus d'études ? En effet, si le réchauffement de l'Eden a permis le développement de l'agriculture autour des grands deltas comme ceux du Nil, du Tigre, de l'Euphrate et du Gange, les connaissances manquent sur l'évolution de la biosphère dans les autres régions.

Aussi, chacun pourra prendre connaissance avec intérêt de la synthèse de toutes les études portant sur le sujet réalisée par Bernard Seguin, directeur de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique. 

Leroy-Ladurie avait déjà étudié les dates de vendange, prouvant ainsi la réalité du réchauffement médiéval, poussant du coup le Giec à prétendre que ce n'était qu'un phénomène local, puis européen, puis caractéristique de la seule hémisphère Nord. Bernard Seguin, Delachaux et Niestlé précisent "Depuis la fin des années 1980, le réchauffement a été très largerment favorable à la vigne. Cette progression (des températures) s'accompagne d'une moins forte variabilité, avec peu d'années froides et humides, où il fallait remonter le degré alcoolique -et le moral des producteurs - par un ajout de sucre pas toujours autorisé".

En effet, les techniques de vinification et l'émergence du terroir français se sont assez largement réalisée pendant la période de réchauffement du Haut Moyen-Âge. Le refroidissement qui a accompagné ensuite la révolution industrielle (laquelle a permis de le combattre en compensant la productivité de la nature grâce à la machine et au charbon) a contraint à une dégradation de la vinification notamment par la chaptalisation, autre produit de substitution du siècle précisément dit "productiviste".

Cet optimisme doit malheureusement être compensé par deux éléments.

D'une part si les produits de la nature se nourissent du carbone grâce aux racine du ciel (par la photosynthèse), ils ont également besoin de l'eau venu des nappes phréatiques. Or, celles-ci s'épuisent et alimentent le réchauffement climatique local, influant ainsi de manière sensible sur le climat global comme les recherches récentes le montrent. Aussi bien, la priorité de la lutte contre les désordres climatiques devrait être réorientée à part égale vers la sauvegarde de l'alimentation de ressources souterraines. Car, nourrir les racines du ciel ne sert à rien si les racines de la terre ne le sont pas également.

D'autre part, et en partie par voie de conséquence, la dérive des conditions climatiques a toutes les chances de se poursuivre. "Les prévisions à long terme sont moins optimistes : bientôt, des cépages du Midi pourraient être adaptés dans le Nord de la France, les vendanges être avancées de plusieurs semaines pour s'établir début août, le manque d'eau se faire sentir de plus en plus cruellement. Le vin va t-il aussi devoir, pour s'adapter, se transformer en migrant climatique ?" comme l'histoire montre qu'il l'a déjà été tout au long des civilisations sous l'effet des changements climatiques naturels.

Ce constat concerne également toutes les cultures et de ce fait les choix d'utilisation des terres agricoles.

Cela établit à quel point il est urgent de revisiter nos pratiques agricoles sans s'enferrer dans les débats sur l'agriculture dite biologique et de reconsidérer les vraies urgences : la question de l'eau et de la capacité des terres à fixer le carbone excédentaire sans polluer ni les terres ni l'alimentation.

Référence : Coup de chaud sur l'agriculture. Bernard Seguin, Delachaux et Niestlé, 224 p, 19 Euros

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