Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par pierre-gilles tronconi

7320_1075627785714_1676817773_153445_6172524_n.jpgPar Patrice HERNU
Président du réseau France Bleue


Sitôt l'annonce faite par Total d'une expérimentation menée pendant deux ans, ccertaines associations environnementales liées au groupe radical des ONG ont déposé une plainte au tribunal de Pau.

La guerre des lobbies (pétrole contre charbon) masque des enjeux stratégiques qui échappent assez largement à l'opinion. Le reste n'est souvent que prétexte. L'alignement progressif de FNE par l'intermédiaire d'Arnaud Gossement sur le groupe des ONG du Climate Justice Action (le groupe radical dont Jean-Borloo a assez curieusement repris le titre) n'étonne plus. Arnaud Gossement, porte-parole de FNE, n'est-il pas l'avocat des associations qui craignent que le CO2 ne viennent troubler la qualité du vin. Comme si le CO2 n'avait d'autre conséquence que de favoriser l'action de la photosynthèse nécesaire à la vigne comme aux arbres. Passons...

Qu'est-ce qui gêne le camp Hulot-Gossement dans cette affaire ? La démonstration par A+B de l'inanité de la taxe Hulot dans le cadre du système européen. Cette taxe destinée à dépasser les 100 Euros la tonne de CO2 par sa progressivité alors que la taxe de fait sur l'essence en France les dépasse largement si on la comptabilise à l'instar de la Suède et du Danemark hors la part du coût d'usage des routes déjà imputable sur une part de la TIPP (60%).

En effet, si le coût de captage se situe aux alentours de 50 Euros la tonne après 2020, et si les capacités suffisent aux besoins - ce qui est loin d'être assuré - le coût marginal d'un marché ou d'une taxe pénalisant le relâchement de CO2 dans l'atmosphère ne saurait dépasser 100 Euros la tonne. Le français Alstom a inauguré une unité de captage et de stockage de carbone aux États-Unis, une solution pour l'industrie charbonnière et destiné par ailleurs à la Chine. Les estimations concordent avec celles prudentes de Total et oscillent entre 60 et 80 € par tonne de CO2 enfoui. Certains cabinets comme Mc-Kinsey estiment que le coût pourrait descendre entre 30 et 45 € par tonne de CO2 enfoui d'ici à 2030. 

Pour le paquet climat-énergie de l'Europe, le carbone stocké sera considéré comme non émis, ce qu'a confirmé la commission européenne. Restera donc si le procédé est fiable à organiser le marché du "Carbon Capture and Storage" (CCS) et à le relier avec une valorisation la plus universelle possible du carbone fossile. 

Là encore, il apparaîtra que le système européen des quotas pose problème et qu'il sera à l'avenir nécessaire d'organiser une valorisation par le coût marginal de la préservation (stockage par enfouissement et gestion intelligente de la valeur carbone liée à la biosphère) seule apte à concilier l'approche par les quantités et les prix. Les américains s'orientent vers une nouvelle forme de marché de quotas (le cap and dividend). France Bleue et Patrice Hernu - mais apparemment les Chinois semblent être intéressés par ce type de propositions s'inscrivant dans une réforme du SMI - proposent d'étudier la capitalisation monétaire directe sous forme de quotas minimum de certificats annexés aux monnaies de réserve. Une sorte de G20 est sans doute plus appropriée que le cadre Onusien pour discuter de l'évolution la plus favorable vers des marchés de ce type.

C'est dire l'importance de cette expérimentation, laquelle montre a contrario le caractère dérisoire du fonctionnement du marché des quotas européens et illustre à quel point est bienvenue la décision du Conseil Constitutionnel. La tonne de CO2 s'échange aujourd'hui à environ 13 € la tonne de CO2, alors qu'il serait logique qu'elle tende à s'aligner sur un court à moyen terme convergent vers la technologie de stockage ou d'épargne la plus économique.

Michel Rocard n'avait donc pas tort sur le montant de principe sauf que, contrairement à ce que disaient Hulot et FNE, il s'agissait bien d'un objectif de moyen terme et non d'une base départ pour atteindre les 100 € par tonne de CO2.

La réalité technologique et la loi du marché nous pousseront sans doute à une vision plus pertinente de l'avenir, plus optimiste, moins culpabilisante et surtout ouvrant des voies enfin pratiquables.

Commenter cet article