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Publié par pierre-gilles tronconi

 « Si vous voulez être « vraiment un peu écolo », ne signez pas le pacte Hulot ! »

Un spectateur extérieur serait ahuri. Hulot est certes médiatique. Nul ne lui conteste le mérite de secouer le cocotier et de réussir là où pêle-mêle Lalonde, Mamère, Voynet, Lepage et une kyrielle d’écologistes verts ou bleus (comme nous) ont échoué. Super et merci ! Mais les contradictions sont plus flagrantes que jamais. Sur le plan du programme, c'est évident mais, curieusement, ce n'est peut-être pas l'essentiel. Sur le plan politique, cela va encore plus loin.

Ses propositions sont en fait bien dans la tradition franchouillarde du sympathique personnage de Jacques Tati dont notre Hulot serait le petit-fils authentique du modèle. Dès qu'un problème se pose, comme quoi le politiquement correct est durable à défaut d’être pertinent, les solutions sont proposées avant même que le vrai problème ne soit clairement posé : d’abord proposer d'abord un comité, une commission ou un ministre, bref un "bidule", ensuite une taxe, enfin un nouveau programme d'éducation des masses. L’art de manier la carotte et le bâton au nom d’une citoyenneté toujours nouvelle !

De la même façon, l'objectif de Nicolas Hulot est clairement annoncé de mobiliser hors des partis, voués aux gémonies par le café universel du commerce. Dès lors, pourquoi est-il tellement candidat pour ne pas l'être ? Pourquoi faut-il qu'il s'adresse de préférence aux grands candidats devenus le thermomètre de sa motivation à « être ou ne pas être… » candidat ?

Et pourquoi, les candidats qui par leur onction l’exempteraient d’avoir « à aller jusqu’au bout », accepteraient-ils des propositions avec lesquels ils ne sont "pas vraiment" ou "pas du tout" d'accord ?

La revue est rapide.
    • Proposition 1 : un vice-premier ministre.
      Cette fausse bonne idée n'est pas nouvelle. Personne ne l'accepte vraiment, sauf Laurent Fabius. Car, l'écologie se partage, elle ne se délègue pas. Exit donc cette proposition d'autant que Nicolas Hulot a refusé le principe du grand ministère du développement quand la question s'est posée en 2002. Cela a donné Tokia Saïfi, secrétaire d'Etat sans pouvoir, même pas celui de penser ce que pourrait être une vraie magistrature du développement durable. Le virage impressionne pour le proposer désormais. Ségolène fait une suggestion, Nicolas une contre proposition, plutôt constructive et très proche de ce qu’Ecologie bleue proposait… en 2002. A l'arrivée, Nicolas, Ségolène et les autres, aurez-vous vraiment signé ? Sur quelle base ?

    • Proposition 2 : une taxe intérieure sur le carbone.
      Mauvaise idée ; elle existe déjà sous la forme de la TIPP ; l’effet n’est pas nul mais le dispositif fonctionne « écologiquement » mal. Il sert éminemment à renflouer les caisses de l'Etat qui, du coup, effet pervers, n'est pas enchanté à l'idée de voir cette assiette disparaître au nom de l’écologie, et pis absorbé par un crédit d’impôt. Ceux qui le proposent sont autrement plus courageux que le pacte ! C'est le prix du carbone qui compte pour l’avenir au-delà du débat hexagonal « à la Hulot » et c'est un problème international. Contrairement à ce que dit et sans doute pense Hulot, le programme des partis est en avance sur le sien, sur ces points du moins, essentiels, et malheureusement, ces dispositifs ne suffiront pas. Pour la France et l’Europe, Royal ne veut pas de taxe punitive mais des incitations. Sur une ligne proche, Sarkozy refuse les choix sans alternative et propose d’en favoriser l’émergence. Voilà qui est plus sérieux à défaut d’être très médiatique. Question en fait de volonté politique. Nicolas, vas-tu signer ? Ségolène, Dominique, Corine, François, allez-vous signer ce en quoi vous ne croyez-pas, vous qui avez presque tous proposé de moduler la TIPP en fonction du cours du baril !



    "Alliance pour la planète", club des mercenaires très volontaires de Nicolas Hulot qui ne leur aurait rien demandé, a noté les programmes des candidats : sur quelles bases ! Elle s'est en revanche bien gardée de noter le programme du candidat virtuel Hulot qui dit songer plus à ses vacances et son "équilibre familial". Certes, Alliance n'a pas besoin de signer mais elle a attribué la note du cancre de la classe à l’UMP. Comment ne pas voir que cette note est celle que Hulot attribue à l’éventuelle signature des candidats qui le rallient ! En acceptant de signant le pacte, un candidat accepte l’échelle de notation, une échelle où le 20/20 conduirait le pays là où il m’étonnerait que les français, les plus écologistes soient-ils, voudraient aller.

    Si les partis signent, la société du spectacle et de la lâcheté auront gagné face à la démocratie d'opinion jusque dans l'écologie face à la société du réalisme et du concret. Le contraire du développement durable.

    Pourquoi les partis signeraient-ils puisqu'ils ne sont pas d'accord avec le programme de Hulot qui, emblématique et non programmatique, a déjà 20 ans d'âge ?

    Paradoxalement, sur ce point, la démonstration -involontaire ? - de Nicolas Hulot se refermerait comme un piège implacable. Les partis se ridiculiseraient en montrant implicitement qu'ils n'ont pas de vraies convictions. Ce qu’ils paraîtront être en se déjugeant parlera si fort que ce qu’ils croient dire en signant ne sera entendu de personne. Quand les experts des partis auraient techniquement raison sur Hulot, leurs responsables montreraient qu’ils ne le savent même pas eux-mêmes, tellement ils ont besoin de trouver leur légitimité... ailleurs.

    Ainsi, si eux-mêmes se mettent à rechercher cette légitimité en dehors de leurs propres fondements, finalement Hulot ne peut avoir totalement tort ! Indubitablement, les français le penseront tôt ou tard. Et si, en définitive, Hulot n’était pas candidat, ce serait désespérant : les imprécateurs de malheur de nos petites lucarnes auraient le champ ouvert devant eux. Vous suivez ?

    Car, ce serait une manière subtile du système des médias (dont Nicolas Hulot est le plus brillant avatar politique) de ne pas se contenter de cracher sur les politiques. Cela creuserait une distance méprisante prise jusques y compris par rapport au système de la représentation publique.

    Nul ne fait durablement et noblement de la politique en faisant son marché dans le panier des autres. Un vrai candidat est candidat ou pas, avec ses armes. Nicolas, Ségolène et les autres, vous vous dites authentiques ? Au nom de l’écologie, de votre écologie, de notre écologie, ne signez pas. Cela n’enlève rien au mérite de Hulot. A chacun son terrain de manoeuvre.

    D'où la question : Hulot, c'est fini ou cela ne fait que commencer

    Patrice Hernu

    Un des cinq présidents fondateurs de l’UMP (au titre de l’écologie) 

  • A lire sur le même sujet, l'éditorial de Guy Teissier, député UMP des Bouches du Rhône, sous le titre :" Nicolas Hulot, chantre autoproclamé de l'écologie moderne "

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