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Publié par pierre-gilles tronconi

Entretien avec Regis Le Sommier dans Paris Match n°2990, du 7 au 13 septembre 2006
 
C’est sa nouvelle campagne : l ‘urgence ecologique. Venu a Deauville presenter son film, l’ancien vice-president americain repond a nos questions.

 

Paris Match : D’ou vient votre interet pour l’ecologie ?

 

Al Gore : De mon pere qui possedait une ferme et qui m’a appris tres jeune a proteger la terre. Puis a l’universite, j’ai eu la chance d’avoir pour professeur Roger Revelle, le premier scientifique a mesurer le taux de carbone dans l’atmosphere.

 

P.M. : Pour ce combat contre le rechauffement climatique de la planete, de quoi etes-vous le plus fier ?

 

Al G. : J’ai joue ce que beaucoup considerent comme un role de premier plan dans la mise au point de l’accord de Kyoto. J’en garde un sentiment d’echec. Quand j’ai voulu le faire ratifier aux Etats-Unis, seul un senateur sur cent m’a soutenu. Mais j’ai bon espoir qu’au bout du compte, les Etats-Unis finiront par ratifier le traite qui restera dans l’histoire comme le debut de l’effort mondial pour resoudre le probleme du rechauffement. Je suis fier aussi d’avoir servi de pont entre la communaute scientifique et le public. Dans une democratie, la prise de conscience du probleme est la premiere etape. C’est pour ca que j’ai realise ce film.

 

P.M. : Les Etats-Unis avec seulement 7% des habitants sur Terre, sont responsables de 25% des emissions de dioxyde de carbone. Vous arrive-t-il de penser : c’est un peu ma faute, j’aurais pu faire plus ? Vous avez quand meme passe huit ans a la Maison-Blanche.

 

Al G. : Je ne m' attarde pas sur le passe. [Rires] J’ai fait tout ce que je pouvais. Et l’opposition que j’ai rencontree m’a servi de lecon. Je sais maintenant que la seule solution est de colporter le message. Le CO2 est le rejet de la civilisation industrielle. Pour le reduire, il faut un consensus. "Tu dois connaitre la verite", tel est l’adage avec lequel j’ai grandi.

 

P.M. : Sir Robert May, l’ancien conseiller de Tony Blair sur les questions d’environnement, pense que le rechauffement de la planete est une menace plus grave que le terrorisme. Vous etes d’accord ?

 

Al G. : Je ne le dirais pas de cette maniere, parce que certains penseraient que je minimise le terrorisme. Ce qui n’est pas le cas. Cela dit, le rechauffement de la planete est de loin la plus grave menace que nous avons eu a affronter dans toute l’histoire de l’humanite. Si nous n’agissons pas, elle peut mettre un terme a la civilisation. Mais il ne faut pas penser rechauffement contre Ben Laden, c’est un debat sterile.

 

P.M. : Un an apres Katrina, croyez-vous que l’ecologie puisse etre la clef de l’election presidentielle de 2008 aux Etats-Unis ?

 

Al G. : Je l’espere et il y a de grandes chances pour qu’elle le soit. Il y a quelques jours, j’ai assiste aux M.t.v. Music Awards. Un sondage montrait pour la premiere fois que les jeunes americains la mettent au premier plan de leurs preoccupations. Parmi eux, 81% exigent une action d’urgence du gouvernement. C’est nouveau. La Californie vient de passer une loi pour reduire les emissions de CO2. Certains leaders chretiens evangeliques ont change d’avis sur le rechauffement : 281 villes americaines, dont beaucoup ont un maire republicain, ont adopte le protocole de Kyoto de leur propre initiative.

 

P.M. : Aux Etats-Unis, la securite reste la priorite. Ou en seraient le monde et l’Amerique si vous aviez gagne l’election en 2000 ?

 

Al G. : Je ne sais pas. J’aime a penser que nous serions en meilleure forme. J’ai prevenu, avant la guerre en Irak, que nous ne devions pas envahir un pays qui ne nous avait pas attaques. Au lieu d’envahir l’Irak, nous aurions mieux fait de continuer a traquer Ben Laden car lui nous avait attaques. Au lieu d’envahir l’Irak, nous aurions du convaincre les Americains d’etre moins dependants du petrole du Moyen-Orient. Nous empruntons des sommes colossales a la Chine pour acheter des milliards de barils de petrole dans le golfe Persique et les bruler en degageant dans l’atmosphere cette pollution qui cree le rechauffement. Il faut changer tous les termes de l’equation.

 

P.M. : Passer en quelques heures d’une victoire a une defaite dans une election presidentielle a du etre terrible. Comment avez-vous garde la foi en votre pays et en ses institutions ?

 

Al G. : Ma famille et ma religion m’ont toujous aide. J’ai conserve une foi intacte dans la nature bienfaitrice des Etats-Unis, meme si je crois qu’en ce moment la democratie amercaine traverse une crise. Notre facon de communiquer s’est pervertie et ne sert plus l’interet du public. C’est pour ca que j’ai cree une nouvelle chaine de television : pour democratiser et ouvrir ce media aux individus. Au-dela de leurs travers, les Etats-Unis ont les moyens de transcender leurs problemes et de redevenir le leader moral du monde, ce que nous ne sommes plus a cause du president Bush.

 

P.M. : On vous voit aujourd’hui passionne, moins rigide, plus humain. Pourquoi n’etiez-vous pas comme ca pendant l’election de 2000 ,

 

Al G. : D’abord, quand vous etes un candidat en campagne, on vous regarde d’une autre facon. Vous devez repondre a toutes les questions que les gens se posent. Et puis vos opposants vous caricaturent. C’est pour ca que les gens me percevaient tres differemment. Un vieux cliche dit : "Tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort". J’ai appris beaucoup toutes ces annees.

 

P.M. : Souhaitez-vous reconquerir la Maison-Blanche en 2008 pour reconcilier l’Amerique et le monde ?

 

Al G. : Je n’ai pas l’intention de me presenter. J’ai fait de la politique pendant longtemps et je n’ecarte pas la possibilite d’etre implique. Mais je ne souhaite pas etre candidat. Je voudrais ameliorer le fonctionnement du systeme politique americain.

 

P.M. : Mais le vrai pouvoir de changer les choses, y compris dans l’environnement, ne se trouve-t-il pas a la Maison-Blanche ?

 

Al G. : Si. Dans le monde, aucune fonction ne concentre plus de pouvoir que celle de president des Etats-Unis. Mais pour qu’un president s’attaque a un probleme de la taille du rechauffement planetaire, il faut qu’il soit un leader efficace mais aussi qu’il ait assez de troupes. Ayant constate en politique le degre d’inconscience et l’etendue de l’aveuglement sur cette question, j’ai pense que je ferais meilleur usage de mes competences en changeant les mentalites.

 

P.M. : Pour 2008, le contexte politique est plus que favorable aux democrates. Que faut-il a votre parti pour gagner ?

 

Al G. : Le Parti democrate doit retablir les conditions pour que le debat democratique puisse se faire. C’est la seulement que les candidats pourront expliquer a leurs electeurs les vrais enjeux et les solutions. C’est a cette condition que le public echappera a la peur, et a son usage a des fins demagogiques. Ce n’est pas nouveau mais l’efficacite de cette peur, elle, est nouvelle.

 

P.M. : Vous pensez que les Etats-Unis s’eloignent de la democratie ?

 

Al G. : Oui, au meme titre que les pays qui se sont eloignes de la presse ecrite au profit d’un systeme televisuel centralise. L’Internet est une source d’espoir de voir une conversation entre individus se produire. La television a un pouvoir hypnotique. Je suis conseiller pour Google et figure sur le board d’Apple, mais j’ai aussi fonde Generation Investment Management et Current T.v. dans le but de provoquer la rencontre entre la television et Internet.

 

P.M. : Le Parti democrate n’a-t-il pas besoin de quelqu’un dont la position sur la guerre en Irak a ete claire depuis le debut, quelqu’un comme vous par exemple ?

 

Al G. : Je ne serais pas candidat. Merci d’insister.

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