Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par pierre-gilles tronconi

  La situation est grave au Proche-Orient. Bien entendu, la catastrophe humanitaire que cela représente ne peut laisser personne indifférent (lire à ce sujet l'excellente réaction de Jean-Claude Gaudin) et un cessez le feu est souhaitable au plus vite.

Cependant, je partage tout à fait l' analyse de Nicolas Sarkozy désignant clairement le Hezbollah comme agresseur et estime qu'Israel ne peut admettre d'être attaqué sans réagir.

Cela dit, j'aimerais attirer votre attention sur un autre aspect de la question qui est à prendre en considération. Comme l'affirmait dès 1992, l’ancien secrétaire général de l’ONU, Boutros Boutros-Ghali: « Le prochain conflit dans la région du Proche-Orient portera sur la question de l’eau (…)
L’eau deviendra une ressource plus précieuse que le pétrole »

Je  livre donc à votre analyse, un extrait de la revue « Études géopolitiques » éditée par l’Observatoire français d’études géopolitiques parue à l'été 2005.

"Les réservoirs du Liban-Sud


L’État hébreu a toujours eu des visées hydrauliques au Liban, même s’il n’a jamais pu les réaliser. Ces ambitions remontent au projet sioniste de formation d’un État juif.
En 1919, dans une lettre adressée au Premier ministre britannique de l’époque, Lloyd George, le président de l’Organisation sioniste mondiale, Chaim Weizmann, écrivait : « (...) Nous considérons qu’il est essentiel que la frontière nord de la Palestine englobe la vallée du Litani sur une distance de près de 25 miles (40,5 km environ) en amont du coude, ainsi que les flancs ouest et sud du mont Hermon. » Mais le gouvernement français opposa son veto aux prétentions de la direction du mouvement sioniste ; et cela, afin de contrer l’influence britannique dans la région et de pérenniser son projet de « Grand Liban ». Israël n’a pas, pour autant, renoncé à son rêve d’accéder aux rives du Litani. Il y parviendra une première fois en 1978, lors de l’invasion militaire baptisée « opération Litani ». Le fleuve, qui prend sa source dans la vallée de la Békaa et forme un coude au niveau du château de Beaufort avant de se jeter dans la Méditerranée, constitue une ligne rouge en-deçà de laquelle Israël ne tolère aucune présence militaire hostile, qu’elle soit palestinienne ou syrienne.
En 1982, lors de l’opération « Paix en Galilée », les troupes israéliennes iront jusqu’à assiéger Beyrouth pour chasser les forces de l’OLP du Liban, avant de se redéployer puis d’établir une zone de sécurité de 850 km2 au Liban-Sud censée protéger sa frontière nord. L’expérience de ce glacis défensif sera un échec complet, qui s’achèvera en mai 2000 par le retrait des soldats israéliens et la dislocation de l’Armée du Liban-Sud (ALS), milice auxiliaire de l’État hébreu commandée par le général libanais Antoine Lahd. Au cours de ces vingt-deux années d’occupation, beaucoup ont accusé Israël de pomper l’eau du Liban-Sud, celle du Litani et des sources du Jourdain (Wazzani, Hasbani). En ce qui concerne le fleuve Litani, une telle hypothèse paraît fort improbable. Il faut savoir qu’un chantier hydraulique ne passe pas inaperçu : il nécessite une logistique lourde tant en moyens humains que techniques. Lorsque les Israéliens ont commencé à s’approprier de la terre libanaise par camions entiers, la réaction internationale a été immédiate et les transferts de terre ont cessé aussitôt. Mais il n’est pas exclu que des pompages limités aux sources du Jourdain aient pu être mis en place. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les désormais fameuses fermes de Chebaa sur les flancs du mont Hermon (sud-est du Liban), adjacentes au Golan syrien annexé par Israël en 1981, surplombent un important réservoir d’eau. Cette zone contestée lors du retrait israélien abrite, en effet, deux sources contribuant à l’alimentation du Banias, du Dan et du Wazzani qui, eux-mêmes, se déversent dans le Jourdain.
À n’en point douter, dans de futures négociations de paix avec Beyrouth, Israël ne manquera pas de revendiquer un accès aux eaux du Liban-Sud. Les Israéliens justifient leurs prétentions en expliquant qu’une grande partie de l’eau du Litani est perdue dans la mer et qu’elle pourrait servir à alimenter la Galilée du Nord. Ce à quoi les Libanais rétorquent que l’insécurité dans le Sud ne leur a jamais permis d’exploiter le potentiel du fleuve et qu’ils ont désormais besoin de toutes leurs réserves pour approvisionner Beyrouth en eau potable et développer l’irrigation dans la plaine de la Békaa." (source:
http://www.libanvision.com)

Je pense que la communauté internationale ne devra pas oublier cet aspect des choses pour résoudre durablement ce conflit.

Commenter cet article