Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par pierre-gilles tronconi

Par Patrice Hernu,
Président du réseau France Bleue


Alors que la conférence de Poznam doit se clore avec en ligne de mire celle, décisive, de Copenhague fin 2009, l'Europe a du se contenter d'un accord de façade.  La France, une fois la présidence de l'UE terminée, devra prendre acte que la compétence énergétique et climatique est restée nationale et que la coordination nécessaire des politiques européennes devra s'effectuer sur d'autres bases, avec d'autres outils. Surtout si, à coté du regain américain prévisible, l'Europe veut rester efficacement dans la course.

Deux points jouent contre une vision partagée. L’UE est énergétiquement  dépendante pour moitié de ses besoins. De plus, cette dépendance est très inégale comme, deuxième point, l'adaption de ses infrastructures aux enjeux climatiques et énergétiques de demain. La Commission estime à 1000 milliards d’euros le montant des investissements nécessaires pour mettre à niveau ses infrastructures, souvent vieillissantes.  

Le rôle du charbon dans le futur mix énergétique fait problème. Les économies européennes font encore un usage important du charbon: en 2002, la Pologne dépendait à 92% du charbon pour sa production d’électricité, la Grèce à 62%, l’Allemagne à 50%. Abondant, le charbon reprèsente une forme de sécurité, une sécurité qui coûte cher au climat. Une centrale au charbon émet deux fois plus de CO2 qu'une centrale au gaz.  Au nom de la solidarité, l'UE demande aux pays qui, comme la France, se sont donné les moyens de sortir de l'ère industrielle fossile  de contribuer indirectement à la situation des pays à énergie classique.

 

Serait-ce pour en sortir ?

Non ! Au final, la Commission estime que le recours au charbon peut perdurer grâce aux technologies de captage et de stockage de CO2. Mais comment mettre sur le même plan des technologies qui ont fait leur preuve et celles qui ne sont pas encore disponibles !

Or, en 2006, si le charbon pèse encore pour 7% dans ses émissions de CO2 de la France -c'est encore trop -, cela reprèsente 52% pour la Pologne et même 32% pour l'Allemagne en raison de la politique suivie : éoliennes et autres énergies utiles demain mais aussi non maîtrisées aujourd'hui. Les réseaux intelligents sont pour demain mais ils sont un cache-misère de la politique rétrograde menée par certains pays, parfois - et c'est triste - au nom de l'écologie. 

L'UE au lieu de fixer des normes en termes de consommation de carbone à la source et d'organiser marché et fiscalité en conséquence, s'attache à construire des accords politiques sur les moyens attachés à des objectifs souvent inefficaces, non forcément atteignables et pénalisant chacun des pays.

Jean-Louis Borloo a eu raison de dire que "Personne n'est dans l'idée qu'on sauvera le climat sans être attentif à la compétitivité". C'est pourquoi il fallait se donner les moyens d'atteindre le meilleur résultat d'ensemble au lieu d'imposer et de négocier des mesures partielles, souvent partiales, pour équilibrer non les atouts, mais les handicaps.

La France a trouvé sur la table ce fameux paquet "Climat-Energie" (deux textes principaux en fait) en prenant la présidence de l'UE. L'affaire était malheureusement lancée et notre Ministre a fait au mieux qu'il était possible dans cet imbroglio. Il faut désormais en sortir après que la pièce actuelle aura été jouée sans trop de casse.

Il faudra d'autres outils, notamment en dressant des passerelles entre les négociations du post-Kyoto et celles du G20 sur la réforme financière. Car, les deux sont évidemment liées et ne peuvent aboutir séparemment.

Le gouvernance et le financement global du développement durable conditionnent la sortie de crise. On ne le voit pas encore. Cela viendra. Et c'est parce que la crise est là, plus forte que prévue par les pythies, qu'il faut en débattre. Le mérite de la sixième édition du Forum du Développement Durable, à Paris, est de poser de front ces questions. Sortir les pays de la pauvreté, construire les modes nouveaux du développement et non ceux de la décroissance, maintenir les désordres climatiques dans des limites raisonnables sont des urgences face à la crise. Il est courageux de le dire, courageux dès lors qu'il s'agit d'être opérationnel, loin des discours politiciens sur un espace qui, certes, se rétrécit chaque jour. Car, qui ne parle pas de développement durable aujourd'hui !

Lire la totalité de la Lettre France-Europe-Planète bleue

Commenter cet article